Le printemps 2025 a mis à nu la vulnérabilité des cultures face aux extrêmes climatiques. Des sols craquelés aux rendements effondrés, la facture financière commence à se dessiner.
L’étude conduite par le CGAER estime plusieurs postes de coûts à horizon 2050. Les éléments clés qui suivent orientent les décisions publiques et privées.
A retenir :
- Doublement nécessaire des volumes de stockage d’eau hivernaux
- Surcoût annuel estimé global autour de 3 milliards d’euros
- Massification du conseil climatique et diagnostics aux exploitations agricoles
- Renouvellement accéléré des vergers pour résilience variétale et productivité
Coûts directs du climat sur les filières agricoles françaises
Après ces éléments essentiels, l’examen détaille les postes qui pèsent directement sur la Ferme France. Les principales lignes budgétaires identifiées par la mission concernent l’eau, les aléas et le conseil.
Selon le CGAER, ces éléments représentent un surcoût annuel global proche de 3 milliards d’euros. Les auteurs soulignent que certaines valeurs restent des ordres de grandeur, susceptibles d’évolution selon les choix politiques.
Le tableau ci-dessous décompose les postes et leurs montants estimés par la mission. Les valeurs correspondent aux hypothèses publiques reprises dans le rapport rendu par Dominique Tremblay et José Ruiz.
Poste
Coût annuel estimé
Commentaires
Eau (stockage et irrigation)
1 000 M€
Doublement des volumes stockés, hypothèse de 6 €/m³
Aléas climatiques (assurances)
1 000 M€
Hypothèse d’un doublement des aléas actuels
Conseil et diagnostics
189 M€
190 M€ pour conseil, 2 M€ pour outils diagnostics
Renouvellement des vergers
600 M€
Renouvellement de 10% du verger par an
Total estimé
≈ 2 789 M€
Arrondi et ordres de grandeur selon le CGAER
Principaux postes de coût :
- Stockage d’eau supplémentaire pour retenir l’eau hivernale
- Augmentation des primes et des pertes non indemnisées
- Montée en charge du conseil stratégique climat aux exploitations
- Investissements pour renouveler les vergers et la sélection variétale
Augmentation des aléas climatiques et coût des assurances
Ce volet découle directement des pertes de récoltes liées aux aléas accrus. Selon le CGAER, la mission a retenu l’hypothèse d’un doublement des aléas actuels d’ici 2050.
Cette hausse se traduit par des primes plus élevées et par des montants non couverts restants à la charge des agriculteurs. L’estimation aboutit à un surcoût annuel d’environ 1 milliard d’euros pour la filière végétale.
« J’ai vu ma récolte de blé largement diminuée après deux saisons sèches consécutives, les assurances n’ont pas tout couvert »
Mathieu L.
Modalités pratiques du maintien des assurances et impacts
Ce point s’articule sur la réforme possible des dispositifs assurantiels et des franchises appliquées aux exploitations. Les auteurs rappellent que sans cadrage, le coût pourrait basculer massivement sur les fermes.
Les conséquences économiques vont affecter la compétitivité des opérateurs comme InVivo ou des coopératives locales. L’évolution des mécanismes d’assurance préparera l’examen détaillé de l’eau et des infrastructures.
Eau, irrigation et infrastructures : la facture à venir
En lien avec l’augmentation des aléas, l’eau devient un poste d’investissement prioritaire pour la production agricole. La mission a chiffré un besoin d’investissement massif pour doubler les volumes stockés.
Selon le CGAER, il faudrait porter les stocks de 3 milliards à 6 milliards de mètres cubes, pour un coût d’investissement évalué à environ 18 milliards d’euros. Les conséquences sur l’exploitation dépendront du modèle de financement choisi.
Points irrigation :
- Coût de stockage collectif et individuel élevé par hectare
- Fonctionnement des systèmes d’irrigation et coûts énergétiques
- Besoin de prioritisation des bassins et des usages sanitaires
- Impact différencié selon les régions et les cultures
Type
Coût unitaire
Base
Remarques
Stockage supplémentaire
6 €/m³
3→6 milliards m³
Hypothèse CGAER pour investissements
Irrigation fonctionnement
320 €/ha/an
canon enrouleur
Estimation par chambre d’agriculture de la Loire
Coût eau
600 €/ha/an
eau consommée
Estimation moyenne
Total irrigation
920 €/ha/an
1 million ha
Soit ≈ 920 M€/an pour 1 million ha
Besoins d’investissement et modèles de financement
Ce thème se rattache directement aux chiffres de stockage et aux options collectives ou individuelles. Selon le CGAER, l’investissement global supposé atteint plusieurs milliards d’euros au total.
Si les exploitations financent seules les stockages, le coût par hectare peut dépasser 12 000 euros. Le choix entre modèle coopératif et financement public conditionnera la capacité d’adaptation.
« Nous avons dû mutualiser des bassins entre voisins pour maintenir nos cultures pendant l’été »
Jean P.
Conséquences pour les acteurs et exemples concrets
Cette question d’eau engage des acteurs comme les coopératives, les industriels et les syndicats agricoles. Les noms comme Agrial, Bonduelle et Limagrain doivent ajuster approvisionnements et contrats fournisseurs.
Selon le CGAER, la planification des investissements conditionne l’accès à l’eau pour les plantes et la sécurité alimentaire. La suite porte sur l’accompagnement, le conseil et le renouvellement variétal.
Accompagnement, conseil et renouvellement des itinéraires techniques
En continuité avec la question de l’eau, le conseil et la formation apparaissent comme des leviers d’adaptation indispensables. La mission du CGAER a chiffré la massification du conseil à plusieurs centaines de millions d’euros par an.
Selon le CGAER, la massification du conseil stratégique climat pourrait coûter environ 150 millions d’euros par an, pour 50 000 diagnostics. À cela s’ajoutent des diagnostics pour les nouveaux installés et des outils spécifiques.
Points d’accompagnement :
- Diagnostics « vulnérabilité » et « atténuation carbone » à généraliser
- Soutien aux investissements via programmes publics ciblés
- Formation des conseillers et massification des prestations
- Renouvellement variétal et sélection adaptée au climat
Outils diagnostics et rôle des instituts techniques
Ce volet découle de la nécessité d’outils opérationnels pour chaque exploitation agricole. L’outil de vulnérabilité en cours par l’Idele est cité comme exemple concret dans le rapport.
La mission estime le coût de finalisation de ces outils aux alentours de 2 millions d’euros. Ces diagnostics permettent ensuite d’orienter les aides publiques et les investissements privés.
« La Coopérative Agricole a piloté des actions de conseil pour réduire les risques sur nos adhérents »
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Renouvellement des vergers et adaptation variétale
Ce sujet est lié au besoin de moderniser les vergers pour gagner en résilience et productivité. Le CGAER propose d’augmenter le taux de renouvellement de 5% à 10% par an.
Le coût estimé atteint environ 600 millions d’euros par an pour 13 500 hectares renouvelés. Ces efforts complètent les mesures de conseil et prépareront les filières à l’évolution climatique.
« FNSEA demande des calendriers clairs pour le financement des investissements climatiques »
FNSEA
Les enjeux sont partagés entre acteurs publics, coopératives et industriels de la filière alimentaire. Des groupes comme Maïsadour, Savéol et Terres du Sud verront leurs chaînes de valeur affectées.
Selon le CGAER, l’adaptation doit s’opérer dans les dix prochaines années pour éviter une perte de compétitivité. Ce calendrier impose des choix de financement et d’organisation rapides.
« La mobilisation publique est indispensable pour accompagner la Ferme France vers la résilience »
Opinion S.
Source : Dominique Tremblay et José Ruiz, « Évaluation du coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires », CGAAER, 2022.